Vladimir Poutine a l’immense mérite d’avoir redressé la Russie après les années de chaos de la présidence de Boris Eltsine et le pillage dont elle a été victime de la part d’aventuriers russes et d’affairistes occidentaux après l’effondrement de l’URSS en 1991. Il a permis à la Russie de redevenir un acteur majeur de l’ordre politique international et d’être un des rares Etats d’Europe à affirmer sa fidélité à la tradition de la civilisation européenne. Il a d’autre part su assumer toute l’histoire de la Russie, à savoir celle des tsars et celle des 70 années de communisme, rétablissant l’âme de la Russie avec la réinstallation de la religion chrétienne orthodoxe comme élément constitutif de la société russe. Il a pris conscience du problème démographique et nous approuvons sa politique nataliste qui vise à assurer l’avenir de la Russie non pas par l’immigration comme en Europe occidentale mais par le renouvellement des générations spécifiquement russes.

André Gandillon, PNF Secrétaire général, rédacteur-en-chef de la Revue Militant et président des Amis de Rivarol.

Cependant, rien n’étant parfait, il nous apparaît qu’il n’a pas encore mis fin à une corruption endémique qui est dénoncée par nombre de personnes. Du point de vue économique, si nous approuvons évidemment ses objectifs de développer une industrie de pointe proprement nationale et de viser à mettre en place une industrie de biens de consommation, nous pensons que, financièrement, il n’a pas su se donner les moyens de sa politique. Assez préservée des circuits de la finance internationale et apatride, la Russie a, plus que d’autres Etats, la possibilité de mettre en place un système d’économie orientée qui combine liberté d’entreprise et définition de grands axes d’action avec surtout, pour servir ces objectifs, un système de financement fondé sur le principe de la monnaie permanente, c’est-à-dire une monnaie créée par la banque centrale qui refinance le Trésor public sans intérêts et gérée par un contrôle des circuits financiers. Cela, sur le modèle (c’est une image) du circuit sanguin irrigué par le muscle cardiaque qui alimente tous les organes du corps économique en équilibrant la création et la destruction de monnaie. Une telle politique permettrait en outre de développer rapidement de nombreuses infrastructures dont la Russie a, à l’évidence, grand besoin.

En outre, nous craignons qu’il n’a pas pris de mesures suffisantes pour résoudre les problèmes graves. Nous parlons d’un but messianique de certains milieux très influents pour établir le monde sa puissance, qui est utilisé pour les armes et le contrôle financier sur les médias.

Il a permis à la Russie de redevenir un acteur majeur de l’ordre politique international et d’être un des rares Etats d’Europe à affirmer sa fidélité à la tradition de la civilisation européenne

En ce qui concerne la politique étrangère, la Russie est actuellement le seul Etat européen qui refuse la soumission au Nouvel Ordre mondial voulu par les cercles dirigeants des Etats-Unis et qui rejette une conception matérialiste de la société, par nature réductrice et carencée. Son discours de Munich, en février 2007 est remarquable de lucidité et de bon sens. Il en est de même de celui qu’il a prononcé au Club Valdaï en 2015. Nous comprenons et approuvons, face à l’hostilité croissante de l’Occident, sa politique de rapprochement avec la Chine dont les Russes savent, par ailleurs, que celle-ci a, sur le long terme, des visées sur une Sibérie russe sous peuplée face aux masses chinois vivant au sud du fleuve Amour. Nous approuvons la mise en place du Marché commun eurasiatique qui s’inscrit dans l’ordre géopolitique russe et de l’Asie centrale. En outre, dans l’intérêt de la civilisation européenne, il faut que la Russie maintienne une sorte de suzeraineté sur l’Asie Centrale. Nous regrettons que l’UE ait refusé l’offre de marché commun allant de l’Atlantique à la Sibérie. Mais pour cela, il faut évidemment que l’Europe occidentale se défasse la suzeraineté américaine et du magistère des coteries mondialistes foncièrement ennemies de la civilisions européenne et chrétienne. Il faut mettre fin à la division de l’Europe entre Orient et Occident, prégnante depuis le partage de l’Empire romain par Théodose en 396.

Son action en Syrie a été bénéfique car elle a évité que le chaos au Proche-Orient, provoqué par l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, ne s’étende encore plus. Il a compris que l’on ne pouvait rien attendre d’honnête des Etats-Unis et de leurs alliés, ceux-ci ayant agi malhonnêtement de nombreuses fois, en rupture avec la légalité internationale, comme en Libye. Et il en a tiré les conséquences avec pragmatisme.

Cette attitude hostile de l’Occident à l’égard de la Russie est particulièrement visible en Ukraine. La réintégration de la Crimée dans la Russie est légitime car la Crimée est peuplée e Russes. L’Ukraine est un Etat artificiel. Il est constitué de trois parties : la Nouvelle Russie, à l’Est, la Petite Russie autour de Kiev, et la partie Ruthène, Galicienne à l’Ouest qui n’a jamais fait partie de l’empire russe jusqu’à la décennie 1940. La Petite Russie et la Nouvelle Russie sont parties intégrantes du monde russe, l’Etat moscovite, matrice de la Russie actuelle ayant pris le relais de la Russie de Kiev, détruite par l’invasion mongole de la « Horde d’Or ». Les tsars étaient d’ailleurs « empereurs de toutes les Russies ». Jusqu’à présent, Vladimir Poutine a su gérer intelligemment une situation très délicate qui peut très vite dégénérer, d’autant plus que le pouvoir installé à Kiev, que nous appelons la « Junte khazare » étant donné l’origine ethno-religieuse la plupart de ses dirigeants, ne fait pas mystère de sa volonté de rallier l’actuelle Ukraine à l’Otan qui est objectivement une organisation d’agression et non de paix, dans la mesure où elle aurait dû disparaître en 1991 avec la fin de la Guerre Froide.

Quant à la partie occidentale de l’actuel Etat d’Ukraine, à l’identité particulière, qui n’est ni russe, ni polonaise, nous pensons qu’elle devrait à terme constituer un « Etat ruthène ».

Cela dit, nous pensons, contrairement à la propagande des media occidentaux, que la politique de Vladimir Poutine en Europe est un facteur de paix et de stabilisation, et pour tout dire de bon sens. L’équilibre en Europe, qui est comme toujours celui de rapports de forces, nécessite que soient pris en compte les intérêts légitimes de chaque Etat, ce que ne sont pas malheureusement pas disposés à faire les dirigeants américains et de l‘Europe carolingienne.